L’encombrement matériel,  vu par l’auteur Marguerite Duras

28 novembre 2023

Voici un  extrait  du chapitre « La Maison»,  du livre La vie matérielle de Marguerite Duras (romancière du XXe siècle). Même si de nos jours la responsabilité des tâches domestiques est partagée (en théorie !), sa réflexion autour du rapport à l’habitation et à son encombrement n’en reste pas moins d’actualité ; et si certains (es) se retrouvent dans ces propos-là, je vous souhaite d’ y trouver du réconfort et d’y puiser de l’encouragement !

« Il y a des femmes qui n’y arrivent pas, des femmes maladroites avec leur maison, qui la surchargent, qui l’encombrent, qui n’opèrent sur son corps aucune ouverture vers le dehors, qui se trompent complètement et qui n’y peuvent rien (…).

Il y a beaucoup de femmes qui ne résolvent pas le désordre, le problème de l’envahissement de la maison parce que l’on appelle le désordre dans les familles. Ces femmes savent qu’elles n’arrivent pas à surmonter les difficultés incroyables que représente le rangement d’une maison. Mais de le savoir ou non, rien n’y fait.

Ces femmes transportent le désordre d’une pièce à l’autre de la maison, elles le déplace ou elles le cachent dans des caves ou dans des pièces fermées, ou dans des malles, des armoires et elles créent comme ça, dans leur propre maison, des lieux cadenassés qu’elles ne peuvent plus ouvrir, même devant leur famille, sans encourir une indignité. 

Il y a en a beaucoup qui sont de bonne volonté et naïves et qui croient qu’on peut résoudre la question du désordre en la remettant à «  plus tard », qui ignorent que ce moment-là qu’elles appellent « plus tard », il n’existe pas, il n’existera jamais.  Et il sera trop tard lorsqu’il arrivera vraiment. Que le désordre, c’est-à-dire l’accumulation des biens, doit être résolu d’une façon extrêmement pénible, par la séparation d’avec les biens. Je crois que toutes les femmes souffrent de ça, de ne pas savoir jeter, se séparer.  Il  y a des familles qui, lorsqu’elles ont une grande maison, gardent tout pendant trois siècles, les enfants, Monsieur le Comte, maire du village, les robes, les jouets.

            J’ai jeté, et j’ai regretté. On regrette toujours d’avoir jeté à un certain moment de la vie. Mais si on ne jette pas, si on ne se sépare pas, si on veut garder le temps, on peut passer sa vie à ranger, à archiver la vie. C’est souvent que les femmes gardent les factures d’électricité et de gaz, pendant vingt ans, sans raison aucune que celle d’archiver le temps, d’archiver leurs mérites, le temps passé par elles, et dont il ne reste rien.

(…)

            L’envahissement de la maison par la marée des biens matériels provient aussi et peut-être avant tout, des soldes, archi-soldes, soldes soldés (sic) qui régulièrement inondent Paris, dans un rituel qui dure sans doute depuis longtemps. Le blanc, les méventes de l’été en automne, les méventes de l’automne en hiver, toutes choses que les femmes achètent comme on se drogue, parce que c’est bon marché et non pas parce que qu’elles en ont besoin, toutes ces « folies » souvent, sont mises au rancard dès l’arrivée dans leur maison. Elles disent : « Je ne sais pas ce qui m’a pris… ». Comme elles le diraient d’une nuit passée à l’hôtel avec un inconnu. »

Emmanuelle Blind

Accompagnatrice en rangement

Ancienne enseignante, passionnée de rangement et d’organisation, je me suis formée auprès d’Elodie WERY au Home Organising en 2019.

Certificat en poche, et après une période de stage, j’ai adhéré à la Fédération Francophone des Professionnels de l’Organisation (FFPO) pour continuer d’enrichir ma formation.

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